lundi 25 novembre 2013
Charles
"Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !"
jeudi 20 juin 2013
Un soir de décembre
"Quelques semaines après son mariage, il a cessé de porter ses lunettes. il n'a donné aucune explication, n'ayant élaboré aucun argument susceptible de justifier cette lubie. Peu à peu, il s'est habitué à évoluer ainsi, au milieu de formes indistinctes et de silhouettes mouvantes, attentif aux couleurs et aux lumières, prudent puis confiant, dans un décor imprécis dont il ne distingue que les contours. certes, il ne reconnaît pas toujours ses amis ou ses voisins quand il les croise dans la rue, mais compense ces manquements à la plus élémentaires courtoisie par un regard dénué de tout jugement. Des visages, il ne perçoit que la douceur et les courbes, incapable au-delà d'une certaine distance de deviner leur âge ou leur beauté. Au-delà d'un mètre le monde lui apparaît lisse et harmonieux, jamais ne le heurte ni ne l'interpelle. Hors de chez lui, il a pris l'habitude de s'éloigner des choses et des gens, de les maintenir à distance, afin qu'opère cette vision tronquée, édulcorée, qui gomme les aspérités et lui dérobe les corps. Il évite les foules et les heures de pointe, se rend à pied à l'agence et fuit systématiquement les lieux ou les occasions qui lui imposent la promiscuité. (...) Il évolue dans un monde sans visage, hormis celui de ses proches, et cela lui semble dans l'ordre des choses, il va et vient dans ce léger brouillard qui le protège et lui laisse parfois croire, puisqu'il ne distingue rien au-delà d'une certaine distance, qu'il ne peut être vu." (Delphine de Vigan)
dimanche 9 juin 2013
Memories
“I will remember the kisses, our lips raw with love and how you gave me everything you had and how I offered you what was left of me, and I will remember your small room, the feel of you, the light in the window, your records, your books, our morning coffee, our noons our nights, our bodies spilled together sleeping, the tiny flowing currents, immediate and forever, your leg my leg, your arm my arm, your smile and the warmth of you who made me laugh again" (Charles Bukowski)
mercredi 15 mai 2013
Crions ensemble
"Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir.
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant.
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement.
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union."
René Char
mardi 14 mai 2013
Deux vies valent mieux qu'une
"Heureusement, les jardins de la Villa Borghese étaient ouverts, la canicule du mois d'août ne me décourageait pas. Je traversais deux ou trois rues peut-être, côté ombre, et me dirigeais vers le stand de Giuseppe, le loueur de vélos.
Sa fille Matilde ne venait pas tous les week-end. Parfois, j'avais de la chance et j'apercevais Matilde sous la petite guérite. J'avais neuf ou dix ans, pas tellement plus que deux petits chiffres, Matilde onze. Nous effectuions à bicyclette des tours de jardin sans échanger le moindre mot. Nous partagions à l'heure des repas d'infâme sandwichs à la sardine que nous paraissions apprécier. Nous nous aimions sans doute. Les saisons calabraises allaient mettre fin à cette idylle très précoce.
Une nuit à Saint-Joseph, j'ai retrouvé le goût âcre d'un pain à la sardine et je me suis surpris à rire tout seul. Ne l'avais-je pas enfin déterré, le plus beau moment de ma vie ?"
Jean-Marc Roberts
lundi 6 mai 2013
1Q84
"Bien sûr, il y a des risques. Mais le risque, c'est ce qui épice la vie." (H. Murakami)
jeudi 25 avril 2013
Recueillement
"Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille !" (C. Baudelaire)
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